Jusqu'où peut-on montrer les images de la guerre?
En d’autres termes, faut-il être choqué pour prendre conscience des drames qu’ont été les guerres mondiales ? Faut-il montrer les photos de prisonniers dans les camps de concentrations, des morts sur les champs de bataille, des blessés dont on ne discerne parfois même pas le visage tant il est mutilé ?Je pense que ce type d’images, même si elles sont choquantes ou violentes, permettent de mieux saisir le contexte, d’imaginer les lieux, les événements. L’intérêt de leur usage dépend aussi du message que l’on veut faire passer par exemple montrer l’horreur qu’il ne faut pas reproduire, reconnaitre l’action des vétérans durant leur service et leur rendre hommage, mieux comprendre ses parents ou grands parents qui ont vécu la guerre…). Si les photographies peuvent être considérées comme des extraits du réel, de ce qui a vraiment existé, alors elles sont des ressources indispensables à la connaissance de la Seconde Guerre mondiale, mais elles restent tout de même des « images ». Ces images peuvent susciter des émotions (révolte, choc, surprise…). L’émotion permet elle de mieux saisir ce qui s’est passé pendant la guerre ? C’est ce qu’il m’a semblé lorsque j’ai regardé la photographie, prêtée par M. Knowles, d’un soldat japonais décapitant un prisonnier de guerre, ou bien encore la photo appartenant à M. Curry montrant des soldats tués, gisant sur le sol.
Un autre type d’émotion généré par cette archive en ligne est bien sûr l’histoire orale des anciens combattants : le son, la voix permettent de faire passer des émotions, et c’est pourquoi la place de l’oral est si importante dans ce projet. Entendre un ancien combattant dont la voix tremble lorsqu’il parle d’un camarade mort sur le front, ou bien l’émotion qui transparaît dans sa voix lorsqu’il parle de la libération, aident à saisir beaucoup de choses. Les images sont là pour illustrer ces histoires, documenter cette émotion, afin d’essayer de saisir le contexte de l’histoire vécue qui est racontée.
Anne Seignot

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