Au Fil de l'Histoire

Le passé n'est qu'un prologue

Frances Cation

Agente à la recherche et aux collections - Le Projet Mémoire: Histoires de la Deuxième Guerre mondiale

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Nouveau-Brunswick

8 mars 2010 09:36

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Lors de mes entrevues avec des anciens combattants de Moncton et de Miramichi, en novembre dernier, j’ai constaté qu’ils avaient vécu une expérience différente de celle des anciens combattants résidant dans les autres régions que j’ai visitées. Après la guerre, les anciens combattants originaires des collectivités du sud de l’Ontario, de Kelowna (Colombie Britannique) et de ses environs, ainsi que de la périphérie de Montréal (Québec) ont retrouvé, dans une large mesure, les camarades qui habitaient également dans leur ville d’origine. D’une part, les personnalités qui coloraient la camaraderie des légions d’après guerre différaient de celles que ces anciens combattants avaient connues en temps de guerre. D’ailleurs, bon nombre d’entre eux m’ont confié qu’ils regrettaient d’avoir perdu contact avec les amis et les collègues qu’ils avaient côtoyés lors de la guerre. D’autre part, plusieurs anciens combattants originaires de Moncton et de Miramichi se connaissaient avant la guerre. Bien souvent, ils se sont enrôlés ensemble et ont servi dans le même régiment, soit le régiment North Shore, dans la plupart des cas. Après la guerre, ils ont vécu longtemps dans leur ville d’origine, auprès de ces mêmes amis.

L’un des anciens combattants de Miramichi en particulier, Mark MacDonald, a produit sur moi une forte impression. Lui et ses trois frères ont accompli leur service pendant la Deuxième Guerre mondiale. L’un de ces quatre frères a servi dans le corps des ingénieurs, tandis que les trois autres, dont M. Macdonald, ont servi dans le régiment North Shore. À cette époque, M. MacDonald a assisté à la mort de l’un de ses frères, tué par l’explosion d’un obus alors que chacun d’eux se trouvait aux extrémités opposées d’un pont.

J’ai entendu d’autres témoignages d’anciens combattants qu’on a séparés des amis avec lesquels ils s’étaient enrôlés, pour les disperser au sein de divers régiments. Un ancien combattant m’a expliqué que cette répartition visait à neutraliser l’impact disproportionné qu’une bataille particulièrement difficile aurait produit sur une ville ou un village, si elle avait impliqué des régiments spécifiques et fait plusieurs morts.

Ces témoignages soulèvent la question suivante : vaut il mieux servir aux côtés de ses frères et de ses amis, en sachant qu’on pourrait leur venir en aide si quelque chose de terrible leur arrivait, ou ce choix se révélerait-il pire pour les familles, après le retour des troupes au Canada? Je n’arrive pas à me décider...

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