Au Fil de l'Histoire

Le passé n'est qu'un prologue

Stephen Scobie

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Leonard Cohen

13 juillet 2010 01:13

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Leonard Cohen, poète, romancier et auteur-compositeur, est l'un des écrivains canadiens les plus influents et les plus populaires des années 60, et ses chansons font de lui une vedette de réputation internationale. Issu d'une famille aisée de Westmount, Montréal imprègne l'ensemble de son oeuvre, malgré de longs séjours en Grèce et en Californie. Il est associé à une communauté bouddhiste Zen de Los Angeles. Après des études à l'U. McGill et à l'U. Columbia, il se consacre à plein temps à l'écriture et à ses autres activités artistiques, en particulier à la chanson. Son premier recueil de poésie, Let us Compare Mythologies, paraît en 1956.

Sa première période de création intense dure environ de 1960 à 1965, avec des temps forts marqués par des recueils de poésie : The Spice-Box of Earth (1961) et Flowers for Hitler (1964; trad. Poèmes et chansons, 1976), et des oeuvres de fiction, The Favourite Game (1963; trad. The Favourite Game, 1971) et Beautiful Losers (1966; Les perdants magnifiques, 1972). En 1968, son premier 33 tours, The Songs of Leonard Cohen, lance sa carrière musicale. Ses Selected Poems lui valent le Prix du Gouverneur-général la même année, mais il le refuse. Au cours des années 70, son oeuvre littéraire est sporadique et souvent hésitante. The Energy of Slaves (1972; trad. L'énergie des esclaves, 1974) consiste en « anti-poèmes », qui expriment son refus d'endosser la stature d'un poète et la place qu'il s'est acquise à ce titre, tandis que Death of a Lady's Man (1978; trad. Mort d'un séducteur, 1980) comporte à la fois des poèmes originaux complétés par des commentaires, souvent amers et ironiques. Book of Mercy (1984; trad. Le livre de la miséricorde, 1985) réaffirme la richesse de sa langue, et ramène dans l'oeuvre un ton quasi religieux imprégné de vénération et de respect.

Les disques des chansons de Cohen sont toujours d'une très haute qualité, surtout New Skin for the Old Ceremony (1974) and Recent Songs (1979). Il revient sur le devant de la scène vers le milieu des années 80, avec une série d'albums importants : Various Positions (1985), I'm Your Man (1988), et The Future (1992). Il effectue en 1988 et en 1993 des tournées importantes en Europe et en Amérique du Nord. Le fait que d'autres artistes choisissent de reprendre ses chansons relance l'intérêt du public pour son oeuvre, en particulier Famous Blue Raincoat de Jennifer Warnes (1986) et l'album-hommage I'm Your Fan (1991).

Un recueil important d'oeuvres de Leonard Cohen, Stranger Music: Selected Poems and Songs (trad. Musique d'ailleurs, 1994) paraît en 1993. La même année, Cohen reçoit le Prix du Gouverneur-général pour les Arts de la Scène, tandis qu'un premier colloque universitaire, à Red Deer, en Alberta, lui est consacré exclusivement. En 1994, Take This Waltz : A Celebration of Leonard Cohen, un recueil d'essais publié en son honneur, souligne son 60e anniversaire. L'oeuvre de Cohen a été abondamment traduite et lui a valu une popularité incontestable, en particulier en France, en Allemagne, en Scandinavie et aux Pays-Bas.

Bien que le public voie souvent en Cohen un poète de l'amour romantique, auteur des paroles exquises de The Spice-Box of Earth, sa vision du monde peut aussi être sombre et désespérée. En tant que Juif, Cohen a toujours été intensément conscient de la réalité de l'Holocauste, et les images du génocide nazi, toujours en filigrane, marquent profondément son oeuvre. La poésie, la religion, le sexe, la mort, la beauté et le pouvoir s'entremêlent dans cette oeuvre, à laquelle une langue sensuelle donne une dimension intense que vient renforcer un sens de l'humour noir, sauvage et souvent choquant. Cohen célèbre la destruction du soi et le refus du pouvoir.

La dureté de cette vision sans concessions atteint son point culminant dans Beautiful Losers, ce roman hors de l'ordinaire, à la fois historique, surréaliste, religieux et obscène, comique et mystique. Beautiful Losers reste le plus radical - et le plus beau - roman expérimental publié au Canada. Ses chansons tendent à être plus douces, moins absolues dans leur vision. Même dans les prédictions apocalyptiques d'une chanson comme « The Future », le pessimisme de Cohen est tempéré par le plaisir évident qu'il prend à faire de la musique. Si Beautiful Losers est le chef-d'oeuvre de Cohen, la déclaration la plus claire qu'il ait jamais faite pour mieux définir la vision dominante de son oeuvre est celle du dernier vers de sa chanson « The Window », dans Recent Songs :

Pose ta rose sur le feu

Abandonne le feu au soleil

Le soleil se donne à la splendeur

Dans les bras très hauts de la Sainte Unité

Car la Sainte Unité rêve d'une lettre

Oh béni soit le bégaiement continu

Du verbe qui s'est fait chair


Seul Leonard Cohen pouvait concevoir un procédé par lequel le Verbe s'est fait chair comme un bégaiement - et lui seul pouvait bénir une telle intuition.

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