La durabilité, l’éthos du 21e siècle
La durabilité englobe de nombreuses choses, tout dépend du contexte dans lequel ce mot est employé. Parfois, ce terme renvoie à la protection de l’environnement, d’autres fois, il se rapporte au développement économique, à l’énergie propre ou encore à la justice sociale. Ce qui est clair en revanche, c’est que la durabilité n’est pas tant un principe, une règle ou une formule spécifique qui appelle à l’action qu’un éthos, à savoir un ensemble de caractéristiques et de valeurs qui définit un vaste champ d’activités humaines aussi bien dans le domaine privé que public. En termes simples, l’éthos de la « durabilité » est la tentative de promouvoir les progrès économiques et sociaux qui protègent et valorisent l’environnement naturel, soutiennent des résultats sociaux et culturels positifs et stimulent la prospérité économique. Autrement dit, la durabilité se rapporte au développement organisationnel et communautaire dont les enjeux sont triples : les gens, la planète et les profits.
Le mot « durabilité » est devenu un terme à la mode vers le milieu des années 1980, après que la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, plus communément appelée la Commission Brundtland, eut défini la durabilité comme « le développement qui satisfait les besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins. » La Commission Brundtland plaça les questions sociales et environnementales à l’avant-plan des préoccupations mondiales, mais articula ces mêmes questions autour de la notion de développement, à savoir le développement économique. Le principal défi de la durabilité est donc de savoir comment assurer la prospérité économique mondiale de tous tout en protégeant les fragiles écosystèmes du monde. Il n’y a qu’une seule planète Terre et ses sources de vie, que ce soit l’air et l’eau propres, un sol fertile pour l’agriculture, des forêts et des océans sains pour régulariser le climat, devraient être protégées. Les progrès économiques, environnementaux et sociaux doivent s’étendre à tous les pays parce que les actions de l’un touchent tous les autres. Avec la parution de Notre avenir à tous par la Commission Brundtland en 1987, les questions de la gérance de l’environnement et l’élimination de la pénurie et de la pauvreté se sont retrouvées ancrées dans les ordres du jour politiques des pays du monde.
Le Canada fut prompt à relever le défi de la durabilité tel qu’énoncé dans Notre avenir à tous. Le gouvernement fédéral, alors dirigé par le premier ministre conservateur Brian Mulroney, créa la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie en 1988, dont l’objectif était d’offrir un leadership pour « apprendre à voir d’un autre œil la relation entre l’environnement et l’économie. » La Loi sur la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie de 1993 stipula que la Table ronde serait instituée en conseil consultatif permanent qui donnerait un avis impartial au premier ministre. En 1994, le gouvernement fédéral, sous la direction libérale du premier ministre Jean Chrétien, fonda l’Agence canadienne d’évaluation environnementale qui avait pour but de superviser et d’encourager le développement durable dans tout le pays. Au cours des années suivantes, de nombreuses lois fédérales, provinciales, territoriales et municipales ont fourni les mécanismes nécessaires pour protéger l’environnement du Canada, notamment ses ressources naturelles, son air, son eau, ses forêts, ses terres agricoles, ses ressources de poissons et ses océans.
La lutte contre le réchauffement et les changements climatiques qui s’inscrivent dans la durabilité est également l’une des préoccupations majeures du gouvernement fédéral. En 1988, le Canada accueillait à Toronto la Conférence mondiale sur l’Atmosphère en évolution. Les représentants de 46 pays décidèrent qu’en 2005, les émissions de dioxyde de carbone seraient réduites de 20 %, cible fort audacieuse. Le gaz carbonique est l’un des principaux gaz à effet de serre qui résultent de la combustion des combustibles fossiles et qui contribuent au réchauffement de la planète. En 1995, le Programme national d’action sur le changement climatique était approuvé par tous les ministres de l’Environnement, tant fédéral que provinciaux et territoriaux. À la suite de la signature du Protocole de Kyoto en 1997, le Canada lança la Stratégie nationale de mise en œuvre sur le changement climatique en 2000. Quoique les objectifs fixés par ces programmes n’aient pas été entièrement atteints, ils témoignent cependant du souci à l’échelle nationale de mieux protéger l’environnement naturel. Dès 2007, la Colombie-Britannique adopta des politiques en matière de lutte contre le changement climatique qui sont parmi les plus novatrices et les plus exhaustives d’Amérique du Nord, notamment des cibles spécifiques en matière de réduction provinciale de gaz à effet de serre, une taxe sur les émissions de gaz carbonique, un plafond de ces émissions et des lois commerciales reliées à ces mêmes émissions. En 2009, le Danemark accueillit la Conférence des parties à la Convention sur les changements climatiques de l’ONU, à Copenhague. Cette conférence avait pour but d’élaborer de nouvelles stratégies qui succéderaient au Protocole de Kyoto et qui viseraient à lutter contre les changements climatiques. Le Canada était l’un des intervenants à la conférence, mais celle-ci ne déboucha sur aucun accord ayant force obligatoire parce que les chefs politiques ne purent s’entendre sur une stratégie exhaustive en matière de changement climatique. Les questions de changement climatique et de durabilité demeurent toutefois à l’avant-plan des préoccupations canadiennes et mondiales.
Ce qui est certain, c’est que le développement durable est une question complexe, nécessitant l’élaboration de nouvelles politiques, réglementations et stratégies qui seraient appliquées par le gouvernement, les entreprises, les organisations et les particuliers dans le but de superviser le développement économique et social. Si, au cours des deux décennies qui ont suivi les travaux de la Commission Brundtland, la cible du développement durable a été l’environnement, le concept de durabilité a depuis évolué pour faire une plus grande place aux résultats sociaux et culturels qui incluent non seulement l’élimination de la pauvreté, mais également le renforcement du tissu social et culturel canadien. Le contexte du développement durable s’élargit pour intégrer ce que l’on appelle les quatre piliers de la durabilité, soit l’économie, l’environnement, la société et la culture. Le renforcement de ces quatre piliers permet d’assurer un avenir durable. Dans ce contexte, les stratégies économiques débouchent sur la prospérité tout en protégeant et valorisant l’environnement. Parallèlement, ces stratégies économiques garantissent aussi que les questions sociales d’inclusion et d’égalité seront réglées, tout en favorisant l’élan créateur propre au système multiculturel canadien. L’éthos de la durabilité reconnaît que ces quatre piliers – économique, environnemental, social et culturel – doivent être en place pour que le Canada et tous les autres pays du monde parviennent à créer une société juste et sécuritaire. La durabilité est un défi de taille, la démarche est complexe, sa mise en application inclusive, mais ses objectifs sont simples. Tel est l’éthos de la durabilité au 21e siècle.

Anne Seignot
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