Au Fil de l'Histoire

Le passé n'est qu'un prologue

David Johnston

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Bien avant la première rondelle : les Canadiens, ces Habs d’origine.

© du journal The Gazette

6 janvier 2010 18:58

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Comme nous avons marqué cette année le 100ième anniversaire commémoratif des Canadiens de Montréal, la plus célébrée des équipes dans l’histoire du hockey, il nous faudrait peut-être rendre homme aux « Habs » d’origine, c’est-à-dire à ceux dont l’équipe a tiré son fameux surnom.

Ou, devrions-nous dire, son fameux surnom anglais.

En français, on appelle affectueusement les Canadiens, la Sainte-Flanelle, le Bleu-Blanc-Rouge, le Tricolore, les Glorieux ou encore le Grand Club- rarement les Habitants. Mais, dans ce monde dominé de plus en plus par les anglophones, nul de ces surnoms n’a vraiment été adopté. En conséquence, « Les Habs » est donc devenu le véritable surnom du club.

Habs est évidemment le dérivatif anglais du mot « habitants », nom utilisé pour décrire les premiers colons de la Nouvelle-France, au début de 1600. Pour poursuivre dans l’analogie sportive, les Habs faisaient partie de la première équipe d’expansion au Canada. Ils représentaient une expansion de la France en sol nord-américain.

Le premier établissement permanent a été érigé à Québec le 3 juillet 1608, sous le commandement de Samuel de Champlain, nom familier dans l’histoire du Québec et du Canada. Durant sa première année à Québec, Champlain a ordonné la construction d’un fort, dont il a fait un dessin, reproduit sur cette page. Prenez note du titre qu’il donna à cette image, en ancien français : Abitation de Qvebecq.

Champlain ne l’avait pas appelé une colonie ou un établissement. Il l’avait appelé habitation, faisant donc de ses occupants, des habitants.

Vingt-huit « habitants » ont passé leur premier hiver, en 1608-09 dans ce fort; vingt y sont décédés y laissant huit survivants, dont Champlain. Grâce aux naissances et à l’immigration, ce nombre, lentement mais sûrement, ne cessa de croître. Plutôt lentement d’ailleurs. En 1632, nous ne comptons que 72 résidents permanents de la ville de Québec.

Après l’expansion de la Nouvelle-France à Trois-Rivières en 1634 et à Montréal en 1642, le terme « habitant » en est venu à décrire les fermiers et les résidents à temps plein alors que l’expression « coureurs des bois » désignait les explorateurs et les trappeurs de fourrure qui disparaissaient dans les bois pendant de longues périodes de temps.

Durant le premier quart de siècle à l’intérieur de « l’Abitation » d’origine de la ville de Québec, certains chefs et notables furent remarqués. Et, en l’honneur de leur souvenir et à l’occasion de cette année de célébration, six d’entre eux ont été nommés comme faisant partie de notre équipe-étoile :

No.1, gardien de but: Louis Hébert
Patriarche de la première famille française à venir s’établir définitivement en Nouvelle-France. Étant le premier, nous lui décernons le no. 1. Il est venu en 1617, accompagné de sa femme Marie Rollet et de ses trois enfants. Originaire de Paris, il était apothicaire. Arrivé ici, il s’établit sur une terre et mourut suite à une mauvaise chute sur la glace, durant l’hiver 1626-27. Sa femme se remaria.

Défenseur gauche, no. 32 : Abraham Martin
Les plaines d’Abraham furent nommées en son honneur. Venant d’Écosse, il était un pêcheur qui, lors d’une visite à Dieppe, tomba amoureux et épousa, probablement en 1619, Marguerite Langlois, une française. Il vint au Canada en 1620. À 64 ans, il rencontra quelques difficultés après avoir été coupable d’adultère avec une jeune fille de 16 ans. Cependant, fort apprécié dans sa communauté, on lui pardonna vite cette escapade. Champlain lui avait cédé en cadeau 10 arpents de terre et ses amis en rajoutèrent 24. Fort probablement, il s’agirait de l’emplacement des Plaines d’Abraham, mais il n’y a aucune évidence qui le confirme. Il est le plus célèbre ‘’non-francophone’’ de ces Habs d’origine.

Défenseur droite, no. 6 : Marguerite Langlois
Épouse de Abraham Martin, dont le nom fut donné aux Plaines d’Abraham. Le 24 octobre 1621, elle donna naissance au premier enfant français d’origine ethnique, né en Nouvelle-France : Eustache Martin. Ils eurent ensuite 6 filles. Des milliers de Québécois peuvent aujourd’hui retracer leur origine aussi loin que les six sœurs Langlois.

Ailier gauche, no. 8 : Olivier Le Tardif
Étant tout jeune, il fut envoyé par Samuel de Champlain, vivre parmi les autochtones afin d’apprendre leurs langues. Lorsqu’il revint à Québec, il pouvait s’exprimer en langages montagnais, huron et algonquin. Il devint le traducteur, le conseiller et l’homme de confiance le plus apprécié de Champlain durant les trois années avant la mort de ce dernier en 1653. Apprécié pour son intégrité, Olivier Le Tardif eut 5 enfants et adopta 3 enfants autochtones. Donnons-lui le no. 8, le numéro même que portait son homonyme, Marc Tardif lorsqu’il faisait partie des Canadiens au début des années 1970.

Centre: no. 28 Samuel de Champlain
Un nom important au Québec et le fondateur de la Nouvelle-France. Il faisait partie des 28 habitants qui passèrent au Québec leur premier hiver en 1608-09. Il consacra les 28 années suivantes, les dernières de sa vie, à établir une présence française permanente en Amérique du nord. Il arriva à ce qui est aujourd’hui la ville de Québec, le 3 juillet 1608. Il était reconnu pour sa sagesse, son sens de la justice et sa haute considération des autochtones. N’ayant pas d’enfants avec sa femme Hélène, le couple finit par se séparer. Le nom Champlain n’est pas vraiment commun au Québec, sauf pour des routes et des ponts nommés en son honneur.

Ailier droit, no. 3 : Paul Le Jeune
À la tête de l’ordre des Jésuites en Nouvelle-France, cette Robe-noire mérite le nombre de la sainte Trinité : 3. Né protestant, il se convertit au catholicisme. Il remis des bagues de Jésuites à tous les convertis, bagues qui furent les premières à être distribuées au Québec, et ce, bien longtemps avant les bagues de la Coupe Stanley.

Les informations biographiques pour ces Habitants-étoiles ont été tirées de la biographie de Champlain, de l’historien américain David Hackett Fishcher, Champlain’s Dream. Professeur d’histoire à la Brandeis Université, près de Boston, David Hackett Fisher s’est mérité le prix Pulizer en histoire pour son livre Washington’s Crossing.

En terminant, le « H » dans le logo du Canadien, ne signifie pas Habitant. Il vient du mot « hockey », car le logo est en soi une abréviation pour Club de hockey Canadien. Selon le site NHL.com, le premier à avoir appelé les Canadiens, les « Habs » fut Tex Rickard, en 1924, propriétaire du Madison Square Garden.

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