Le Canada en Afghanistan : quoi de neuf ?
Le contraste entre l’Iraq et l’Afghanistan est que l’Irak, rassemblé par l’empire britannique il y a de cela des générations, est un pays. Sous Saddam Hussein, l’Iraq a démontré à l’aide de son armée, de son industrie du pétrole et de son leadership dans la ligue arabe, le pouvoir de ses institutions. Par contre, l’Afghanistan n’a jamais été un pays fonctionnel. Au-delà du tribalisme et des seigneurs de la guerre, des talibans et de l’intense régionalisme, les Afghans méprisent les intrus. Le gouvernement Karzai est manifestement corrompu, engagé dans un système de torture et est généralement inefficace dans les régions au-delà de Kaboul. Il n’est toléré qu’à cause des concessions qu’il attribue aux seigneurs des différentes régions. Ces vérités ne sont jamais bonnes à entendre pour les Canadiens qui préféreraient de beaucoup savoir que les filles apprennent à lire dans les écoles bâties par, les Canadiens.
Le rapport sur l’engagement du Canada en Afghanistan, émis par le ministère des Affaires étrangères, mentionne (trimestre se terminant en juin) que les derniers développement étaient ‘’concrets’’. L’étaient-ils vraiment ? La priorité du Canada est de permettre aux forces afghanes d’établir un environnement plus sécuritaire. Leur but est de mettre sur pied et de former cinq bataillons de l’armée afghane avant le départ des troupes canadiennes d’ici les 18 mois prochains. Qu’est-il arrivé ? En juin 2008, un bataillon pouvait ‘’presque à lui seul’’ soutenir des opérations; un an plus tard, la situation reste la même. Les citoyens de seulement un des districts de Kandahar, disent se sentir en sécurité et croient que la sécurité en général s’améliore. L’histoire n’est pas meilleure au sein du développement des ressources. Le but du Canada est de former 3000 professeurs pour cette province, d’ici 2011; seulement 100 professeurs ont été formés et 44% seulement de la population de Kandahar se dit satisfaite des services éducatifs, comparativement à 65% l’an dernier.
Dans son livre, Rick Hillier nous révèle qu’à Ottawa, seuls le Département de la défense nationale et les forces armées sont impliquées dans la guerre. Le reste des politiciens et de la machine bureaucratique gouvernementale est selon lui ‘’AWOL’’ (expression militaire qui signifie : absent sans permission ). La raison en est bien simple : la plupart des Canadiens ne se sont jamais sentis en guerre ou ne se sont jamais sentis affectés par la guerre. Ils ont bien d’autres priorités et apparemment, ne se sentent pas menacés par un Afghanistan instable et fracturé. Le soutien populaire à l’effort de guerre est en baisse tout comme en Angleterre et aux États-Unis.
Hillier a eu sa chance avec ses ‘’pouilleux (scumbags) ’’ mais ces derniers lui ont survécu. Ses militaires, même revampés, sont épuisés et ne peuvent soutenir cette mission de combat. Ils ont besoin de renfort. Bien sûr, le Canada a gagné de la crédibilité au sein de l’OTAN mais l’Otan a perdu sa crédibilité comme alliée. Tous les partis politiques s’entendent sur un même point quant à la guerre en Afghanistan : le retrait des troupes de combat au plus tard en 2011. Le premier ministre, qui dénonçait ceux qui fuyaient la question est en fait, celui même qui fuit la question. Le NPD, qui en 2007 avait voté avec les conservateurs contre une proposition libérale de faire revenir les troupes en février 2009, soutient Obama et s’abstient de critiquer l’envoi d’un très grand nombre de soldats américains. Les libéraux, fidèles à eux-mêmes, adoucissent leur position qui en devient complètement indissoluble de celle des conservateurs.
Les Afghans sont un peuple appauvri. La démocratie, étrangère à leur histoire et à leur culture politique, est évidemment absente de leur liste de priorités. Les institutions démocratiques sont ancrées dans une société civile et il y en a peu en Afghanistan. La pensée rationnelle sous cette guerre était que les talibans abritaient Al-Qaeda et l’on présumait que les talibans contrôlaient le pays. Mais personne n’a jamais eu ce contrôle. Les soviétiques et les communistes afghans ont essayé de bâtir un pays mais les Afghans, très indépendants et fiers, avec l’aide des États-Unis, ont contré cet effort. Est-ce que le Canada peut vraiment contribuer dans ce sens, avec seulement, après 2011, 100 civils dans le pays ?
On peut continuer de rêver.

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