Au Fil de l'Histoire

Le passé n'est qu'un prologue

James MarshJames Marsh

James Marsh est né à Toronto et a passé la majeure partie de sa vie professionnelle dans le milieu de l’édition, oeuvrant comme éditeur, réviseur et auteur. Il a révisé plus de 200 livres sur l’histoire canadienne et les sciences sociales et est l’auteur de plusieurs ouvrages ainsi que plus de 100 articles sur l’histoire du Canada.

Monsieur Marsh a été l’éditeur en chef des trois éditions imprimées de L’Encyclopédie canadienne (1985, 1988 et 1999) et de la ‘’Junior Encyclopedia of Canada’’. Il a mené à bien la réalisation numérique de ces ouvrages en éditions CD-ROM et de leur version en ligne. Il occupe le poste de directeur du contenu de la Fondation Historica et est le créateur du site Au fil de l’histoire.

Monsieur Marsh est membre de l’Ordre du Canada et récipiendaire de la médaille Lorne Dawson Chauveau de la Société royale du Canada en reconnaissance de son engagement dans la publication de L’Encyclopédie canadienne.

Monsieur Marsh a beaucoup d’intérêts outre l’histoire. Il est un fervent lecteur de biographies, poésie et un fin connaisseur de musique classique. Il s’adonne au tennis et a remporté plusieurs championnats en double catégorie dont un, en simple catégorie. Il est de plus un fan inconditionnel de Sandor, son chien de race Puli.

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Auld Lang Syne

« La plus douce des musiques de ce côté-ci du paradis »

20 décembre 2009 23:13

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Auld Lang Syne a été décrite, à juste titre, comme la chanson que personne ne connaît, mais que tout l’univers anglophone chante pour dire adieu à l’année qui se termine et saluer celle qui débute.

Cette chanson conjugue avec bonheur une note de convivialité et un sens poignant de perte, l’humeur qui convient tout à fait à la veille du jour de l’An quand nos pensées sont suspendues entre regret et attente.

La version qui est fredonnée aujourd’hui vient d’une ancienne chanson remaniée par un barde écossais du XVIIIe siècle, Robbie Burns, «une chanson de jadis», dit-il, qu’il a entendu interpréter par un vieil homme et qu’il a améliorée en lui donnant les paroles que nous chantons maintenant, enfin… que nous essayons de chanter.

«Should auld acquaintance be forgot? And never brought to mind? Should auld acquaintance be forgot? And auld lang syne?»

Ce dernier vers devrait-il être : «And days o’ lang syne», comme Burns l’a écrit à l’origine ou sa première version «For auld lang syne»? Et qu’est-ce que ça veut dire? «Auld lang syne» se traduit littéralement par «old long since» (vieux depuis longtemps) ou en termes plus compréhensibles par «and days of long ago» (et les jours longtemps passés).

Guy Lombardo entend cette chanson pour la première fois alors que ses frères et lui, musiciens adolescents, sont en tournée dans les campagnes environnantes de London, sa ville natale en Ontario, fondée par des Écossais. Dans l’un de ces charmants amalgames ethniques qui constituent l’expérience canadienne, les patrimoines écossais et italien se fondent en un cocktail unique.

Gaetano, le père de Guy, a décidé que la musique jouerait un rôle déterminant dans la vie de tous ses enfants. À l’école, Guy met sur pied un quatuor qui joue à l’occasion des rencontres sociales à l’église. En 1919, à l’âge de 17 ans, Guy a déjà quitté l’école avec ses deux frères, Carmen et Lebert, pour travailler comme musiciens. En 1924, ils se rendent à Cleveland en autobus et jouent au Claremont Inn. Louis Bleet, le propriétaire du club de nuit, suggère que le groupe se donne un nom plus accrocheur que «Lombardo Brothers Orchestra» et c’est la naissance des «Royal Canadians». C’est aussi Bleet qui conseille à l’orchestre de jouer doucement, ce qui va lui donner un son particulier. Puis, lorsque Guy déclare à Bleet qu’il est impossible de jouer toutes les chansons que lui demande le public, Bleet lui suggère de faire un pot-pourri. C’est cette formule qui fera la renommée de l’orchestre.

En 1927, Guy déménage le groupe à Chicago, où il joue devant des salles vides jusqu’à ce qu’il persuade la station radiophonique locale de diffuser à partir du club de nuit. L’émission suscite un déluge d’appels à la station de radio, et le club fait salles combles.

En octobre 1929, les Royal Canadians déménagent à New York et jouent au Roosevelt Grill, une salle à deux niveaux avec une deuxième piste de danse. Quand le Grill ferme ses portes, l’orchestre s’installe au Waldorf Astoria, là où sont tournées les populaires émissions télévisées de la veille du jour de l’An.

Lombardo crée un son qui est indéniablement le sien : lent, rythmé et, surtout, agréable à danser. Beaucoup trouvent sa musique sentimentale, mais Louis Armstrong – pas le moindre! – parle du frisson qu’il a ressenti en entendant Lombardo à la radio : «C’était la plus douce des musiques de ce côté-ci du paradis… Guy Lombardo nous envoûtait.» Lombardo finit par vendre le nombre phénoménal de 450 millions de disques et enregistrer des cotes d’écoute sans précédent à la radio et à la télévision. Il lance quelque 400 succès, dont plusieurs, tels que Seems Like Old Times et Return to Me, ont été écrits par son frère Carmen. Lombardo figurerait sûrement sur la liste la plus sélective de candidats au titre du «Canadien le plus connu de tous les temps».

Quand l’orchestre s’installe à New York, sa popularité est telle que deux stations de radio se disputent ses services. La veille du jour de l’An 1929, Lombardo quitte les ondes de CBS juste avant minuit pour apparaître aussitôt après à NBC. Pour faire le pont, il choisit la vieille mélodie qu’il a apprise chez lui, Auld Lang Syne.

Même ceux qui trouvent que Lombardo fait de la musique à l’eau de rose regardent avec vénération l’orchestre faire le compte à rebours des dernières secondes avant le Nouvel An. Le magazine Life a écrit que si Lombardo ne jouait pas Auld Lang Syne, le public américain ne croirait pas que la nouvelle année était vraiment arrivée.

Lombardo s’étonne que tout le monde trouve aussi brillant le fait de jouer Auld Lang Syne. Les Écossais, dans son Canada natal, le chantent depuis des années. Et quelle chanson appropriée que celle-là! Elle évoque un parfum du passé, le souvenir des vieilles amitiés qui ne meurent jamais, les vieilles amours qui restent jeunes et les couleurs chatoyantes des rêves de jeunesse.

James H. Marsh est rédacteur en chef de L’Encyclopédie canadienne.

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